Les Cinque Terre ne possèdent pas une seule grande légende unifiée expliquant leur création ou leur nom. Elles sont plutôt riches en contes populaires, mythes locaux, récits folkloriques et légendes religieuses ou maritimes transmis de génération en génération. Ces histoires mêlent souvent l’histoire réelle (invasions sarrasines ou lombardes, construction des terrasses) à des éléments merveilleux, expliquant des particularités des villages, des sanctuaires ou des phénomènes naturels.
Voici quelques-unes des légendes les plus connues et charmantes associées aux Cinq Terres :
La tentative de voler la Lune (Riomaggiore)
Une nuit de pleine lune particulièrement belle, dont la lumière illuminait la mer et les ruelles, les habitants de Riomaggiore décidèrent de capturer l’astre pour le garder dans leur village. Ils empilèrent des centaines de barriques de vin (le précieux nectar local) pour construire une tour immense qui s’élevait vers le ciel, comme une nouvelle tour de Babel. La Lune semblait à portée de main, mais il manquait une dernière barrique. Dans leur enthousiasme, ils eurent l’idée de retirer celle du bas pour la placer au sommet. Les hommes les plus robustes soutinrent la structure… et la tour s’effondra brutalement, comme un château de cartes. Depuis, les gens de Riomaggiore ont abandonné ce rêve ambitieux, mais la légende rappelle l’audace (et parfois la folie) des habitants face à la beauté de la nature.
Les cloches de Volastra
À l’époque des raids sarrasins (vers l’an 1000), les habitants de Volastra (un hameau sur les hauteurs entre Manarola et Corniglia, autrefois appelé Oleastra) se réfugièrent sur les collines. Pour ne pas attirer les pirates par le scintillement du métal, ils enterrèrent les cloches de l’église (faites d’un alliage d’or et d’argent) ainsi que leurs économies. Les Sarrasins ravagèrent tout de même le village. Des années plus tard, un vieil homme d’apparence orientale (un survivant des raids, selon la tradition) arriva en cherchant le « trésor » des cloches, mais il mourut sans révéler l’emplacement. Aujourd’hui encore, par les nuits de tempête, certains disent entendre le carillon lointain des cloches enfouies, du côté de Manarola ou Corniglia.
Les reliques de Sainte Marguerite (Vernazza)
Un jour, une caisse en bois échoua sur le rivage de Vernazza. À l’intérieur se trouvait un os (un doigt) de Sainte Marguerite d’Antioche. Reconnaissant la relique d’une martyre chrétienne, les habitants décidèrent de construire une église en son honneur sur l’Isolotto (un petit îlot). Mais une violente tempête emporta la caisse, qui réapparut mystérieusement à son emplacement initial, près de la mer. Prenant cela comme un signe divin, ils bâtirent l’église à cet endroit précis, directement sur le port, dominée par la montagne. C’est aujourd’hui l’une des plus belles églises des Cinque Terre, dédiée à la patronne de Vernazza.
Le sanctuaire de Soviore (près de Monterosso)
Lorsque les Lombards envahirent l’ancien village d’Albereto en 641, les survivants descendirent vers la mer et fondèrent Monterosso. Avant de partir, ils enterrèrent une sculpture en bois représentant la Madone tenant le Christ mort, pour la protéger. Des années plus tard (vers 740), la statue fut retrouvée, mais elle disparut à nouveau et réapparut plus haut, sous un marronnier. Interprétant cela comme un signe sacré, les habitants construisirent une chapelle à cet endroit, qui devint le Sanctuaire de Notre-Dame de Soviore, le plus ancien sanctuaire marial de Ligurie. Il reste un lieu de pèlerinage et de randonnée.
Le rocher farceur (Manarola)
Autrefois, un grand ruisseau divisait Manarola. Lors d’une inondation, un énorme rocher fut emporté en aval. Sur une face était gravé : « Béni soit celui qui me fera faire demi-tour ». Après de gros efforts, les hommes les plus forts le retournèrent. De l’autre côté, l’inscription disait : « Heureux ceux qui m’ont tourné, parce que je ne supportais plus d’être de ce côté-ci ! » Une légende humoristique qui montre l’esprit taquin des habitants.
Autres légendes populaires
- L’amour tragique ou la Via dell’Amore : Des récits d’amoureux interdits (souvent un jeune de Riomaggiore et une jeune de Manarola) qui se rencontraient en secret sur le sentier côtier, donnant son nom romantique au célèbre chemin.
- La sirène de Monterosso : Une sirène bienveillante nommée Bianca guidait les pêcheurs vers les bancs de poissons ; elle disparut après qu’un homme jaloux tenta de la capturer.
- Maimuna (Vernazza) : Une jeune fille ou une créature (parfois liée à une gorille survivante de l’Arche de Noé dans une version plus fantaisiste) qui se cache dans la Grotta della Maimuna et dont les lamentations se font entendre les nuits d’orage.
Ces légendes reflètent la vie rude des pêcheurs et paysans des Cinque Terre : la menace des pirates, le respect de la mer, la dévotion religieuse, l’ingéniosité pour cultiver les terrasses et un brin d’humour ou de mélancolie face à la nature puissante.
Elles sont encore racontées aujourd’hui par les anciens et ajoutent une touche magique à la beauté déjà exceptionnelle des lieux.