La Piazza dei Miracoli à Pise (Italie)

Introduction

La Piazza dei Miracoli (littéralement « place des Miracles »), également connue sous le nom officiel de Piazza del Duomo ou Campo dei Miracoli, est l’un des ensembles architecturaux les plus emblématiques et harmonieux du monde. Située au nord-ouest du centre historique de Pise, en Toscane (Italie), elle constitue le cœur religieux, artistique et touristique de la ville. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, elle regroupe quatre chefs-d’œuvre absolus de l’architecture médiévale : la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (Duomo), le baptistère Saint-Jean, la tour de Pise (campanile) et le Camposanto Monumentale (cimetière monumental).

Ces monuments, érigés entre le XIe et le XIVe siècle sur une vaste pelouse de 8,87 hectares, symbolisent les grandes étapes de la vie humaine : la naissance (baptistère), la vie (cathédrale), la mort (Camposanto), tandis que la tour penchée incarne la lutte contre les forces du mal. Le nom « Piazza dei Miracoli » a été popularisé par le poète Gabriele D’Annunzio dans son roman Forse che sì, forse che no (1910), qui décrit ces édifices comme des « miracles » en raison de leur beauté et de leur originalité. La place est entièrement piétonne, entourée de remparts médiévaux au nord et à l’ouest, et entretenue par l’Opera della Primaziale Pisana, institution fondée en 1063.

Histoire

Le site était déjà occupé à l’époque étrusque et romaine, servant de lieu de culte dédié à sainte Réparate, puis de cimetière sous les Lombards. La construction du complexe débute en 1063-1064 avec la cathédrale, financée en partie par le butin des victoires pisanes contre les musulmans (notamment à Palerme). À l’apogée de la République maritime de Pise (XIe-XIIIe siècles), la place devient le symbole de sa puissance. Les travaux se poursuivent sur plus de deux siècles malgré les interruptions dues aux guerres et aux problèmes financiers (défaite de la Meloria en 1284). Au XIXe siècle, l’architecte Alessandro Gherardesca dégage la place en démolissant des constructions médicéennes pour lui donner son aspect actuel. La pelouse verdoyante date du XXe siècle.

Description architecturale et artistique des monuments

1. La Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption (Duomo)

Commencée en 1063-1064 par l’architecte Buscheto et poursuivie par Rainaldo (façade), elle est consacrée en 1118 par le pape Gélase II. De style roman pisan avec influences byzantines, lombardes et islamiques, elle mesure environ 100 m de long (cinq nefs en croix latine). L’extérieur alterne marbre blanc et sombre ; la façade superpose quatre galeries à colonnettes. Les portes de bronze actuelles (1602, d’après Jean de Bologne) remplacent celles détruites par un incendie en 1595. La Porta di San Ranieri (vers 1180, par Bonanno Pisano) est remarquable.

À l’intérieur : plafond à caissons dorés (XVIIe siècle, armoiries médicéennes), colonnes de granit provenant de la mosquée de Palerme, mosaïque de l’abside (Christ en majesté par Cimabue, 1302). La chaire de Giovanni Pisano (1302-1311), chef-d’œuvre de la sculpture médiévale, repose sur des colonnes de porphyre. Tombeaux de Rainier de Pise et Henri VII de Luxembourg (Tino di Camaino, 1315). Galilée y observa le pendule qui inspira ses travaux sur l’isochronisme.

Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Pise — Wikipédia

2. Le Baptistère Saint-Jean

Le plus grand baptistère d’Italie, commencé en 1153 par Diotisalvi et achevé au XIVe siècle (participation de Nicola et Giovanni Pisano). Plan circulaire (inspiré du Saint-Sépulcre de Jérusalem), il évolue du roman au gothique : arcades aveugles en bas, galerie à claire-voie au milieu, gables et pinacles au sommet. Couverture double (pyramidale intérieure + coupole extérieure). Acoustique exceptionnelle.

Œuvres majeures : fonts baptismaux octogonaux de Guido Bigarelli da Como (1246), chaire hexagonale de Nicola Pisano (1260, scènes de la vie du Christ), statues par Giovanni Pisano. Pavement cosmatesque polychrome.

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3. La Tour de Pise (Campanile)

Campanile de la cathédrale, commencé le 9 août 1173 par Bonanno Pisano. Construction sur deux siècles (jusqu’en 1372). Inclinaison due au sol meuble (marne argileuse) : dès le troisième étage (vers 1178). Hauteur : 55,86 m (sud) à 58,36 m (nord) ; diamètre 14,95 m ; 293 marches ; masse 14 500 tonnes. Style roman toscan en marbre.

Restaurations majeures (1990-2001) : excavation, pieux, extraction d’argile → redressement de 40 cm. Elle se redresse spontanément depuis 2013 (4 cm en 2018). Symbole mondial, elle résiste aux séismes grâce à ses propriétés dynamiques. Galilée y aurait conduit des expériences sur la chute des corps.

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4. Le Camposanto Monumentale

Cimetière commencé en 1278 par Giovanni di Simone (cloître rectangulaire roman-gothique, achevé en 1464). Légende : terre rapportée de Terre sainte par l’archevêque Ubaldo lors de la deuxième croisade. Murs extérieurs : 43 arches aveugles. Intérieur : arcades avec fresques (XIVe-XVe siècles) de Benozzo Gozzoli, Piero di Puccio et surtout le Triomphe de la Mort (attribué à Buonamico Buffalmacco, vers 1350). Incendié en 1944 par des bombes alliées ; fresques et sinopies restaurées (sinopies au Museo delle Sinopie).

Opera della Primaziale Pisana: sito ufficiale – The frescoes of the Monumental Camposanto of Pisa

Urbanisme et musées associés

La place forme un ensemble unique sur pelouse, avec axes visuels préservés. Musées : Museo delle Sinopie (dans l’ancien hôpital de la Misericordia, côté sud) et Museo dell’Opera del Duomo (près de la tour). Un nouveau Museo delle Antichità est en cours.

Statut UNESCO et valeur universelle

Inscrite en 1987 (critères i, ii, iv, vi) sous le nom « Piazza del Duomo, Pise ». Valeur exceptionnelle : organisation spatiale unique, influence sur l’architecture romane pisan et la sculpture (Pisano), lien avec Galilée (sciences), trésors artistiques (portes, mosaïques, chaires, fresques). Intégrité et authenticité préservées ; gestion par l’Opera della Primaziale Pisana. Zone tampon : 254 ha.

Importance culturelle et touristique

Symbole de Pise et de l’Italie, la place attire des millions de visiteurs. Elle illustre l’apogée de la République maritime pisane et l’évolution du roman au gothique. Des événements culturels (concerts, expositions) y sont organisés. Restaurations continues (mosaïques, jardins) assurent sa préservation.

Conclusion

La Piazza dei Miracoli est un joyau unique de l’architecture médiévale, où harmonie spatiale, génie artistique et histoire se conjuguent en un « miracle » permanent. Elle incarne l’esprit créatif du Moyen Âge italien et continue d’inspirer le monde entier.

Sources principales : Wikipédia (fr), UNESCO, site officiel Opera della Primaziale Pisana. Pour une visite : billets combinés sur opapisa.it. La place reste un lieu vivant, témoignage éternel du patrimoine toscan.