La Tour de Pise, emblème mondial de la ville de Pise en Toscane (Italie), est le campanile (clocher) de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption sur la Piazza dei Miracoli. Sa construction, qui s’est étalée sur près de deux siècles (1173-1372), est marquée par des interruptions, des guerres, des problèmes financiers et surtout par son inclinaison légendaire due à un sol instable.
Contexte et début des travaux (1172-1178)
- 1172 : Une veuve, Berta di Bernardo, lègue 60 soldi pour la construction du campanile.
- 9 août 1173 : Pose des fondations par l’architecte principal, Bonanno Pisano (sculpteur et fondeur de bronze connu, auteur probable des portes de la cathédrale). D’autres noms comme Guglielmo ou Gherardo di Gherardo sont parfois associés aux premières phases.
La tour est conçue comme un édifice cylindrique de 8 étages (7 étages de galeries + beffroi) en marbre blanc, de style roman pisan, haut d’environ 56-58 mètres et d’un diamètre de près de 15 m. Les fondations ne font que 3 mètres de profondeur sur un sol composé d’argile, de sable et d’eau (ancien estuaire de l’Arno), ce qui s’avère catastrophique.
- 1178 : Après l’achèvement des trois premiers étages (ou jusqu’au quart du quatrième), la tour commence à pencher vers le sud-est (environ 5 cm déjà). La construction s’arrête. Une horloge temporaire est installée au troisième étage en 1198.
Interruption et reprise (fin XIIe – XIIIe siècle)
La pause dure près d’un siècle, due à des guerres (notamment contre Gênes et Florence), des dettes de la République de Pise et la volonté d’observer le comportement de la tour. Cette interruption permet un tassement partiel du sol, évitant probablement un effondrement précoce.
- 1272 : Reprise des travaux sous Giovanni di Simone (architecte du Camposanto). On ajoute quatre étages supplémentaires en essayant de compenser l’inclinaison : les colonnes du côté nord (plus bas) sont légèrement plus hautes. Cela crée une courbure subtile visible aujourd’hui.
- 1278 : Achèvement du septième étage ; nouvelle interruption (défaite de Pise à la bataille de la Meloria en 1284 contre Gênes).
Achèvement final (XIVe siècle)
- 1319 : Achèvement du septième étage.
- 1360-1372 : Tommaso di Andrea Pisano dirige la dernière phase. Il construit le beffroi (clocher) en harmonisant les éléments gothiques avec le style roman. Les cloches sont installées progressivement (7 cloches au total). La tour est achevée en 1372.
La tour mesure alors environ 55,86 m du côté le plus bas et 58,36 m du côté le plus haut. Son inclinaison est déjà marquée (environ 1,6 m de déviation au sommet).
Architectes et évolution du projet
- Phase 1 (1173-1178) : Bonanno Pisano.
- Phase 2 (1272-1278) : Giovanni di Simone.
- Phase 3 (1360-1372) : Tommaso di Andrea Pisano. Le projet initial visait une tour droite ; les ajustements ultérieurs (étages plus hauts d’un côté) ont créé sa forme légèrement incurvée, souvent décrite comme un « miracle d’équilibre ».
Pourquoi penche-t-elle ?
Le sol meuble (argile molle surmontée de sable) n’a pas supporté le poids (14 500 tonnes). Les fondations peu profondes et le poids inégal ont provoqué un tassement différentiel dès les premiers étages. Les constructeurs ont tenté de corriger sans tout démonter.
Évolution post-construction
Après 1372, l’inclinaison s’aggrave lentement. Des restaurations mineures ont lieu (ex. : 1838, excavation de la base par Alessandro Gherardesca). Au XXe siècle, des interventions plus importantes stabilisent la tour (notamment 1990-2001 : réduction de l’inclinaison de 40 cm, sécurisation par extraction de sol et contrepoids). Elle continue de se redresser légèrement aujourd’hui.
La Tour de Pise, initialement un « échec » technique, est devenue un chef-d’œuvre involontaire et un symbole d’ingéniosité humaine face à l’adversité. Elle attire des millions de visiteurs chaque année et reste un témoignage vivant de l’histoire médiévale pisane.
Pour plus de détails techniques ou de visites, consultez le site officiel de l’Opera della Primaziale Pisana.


